«Les petits homos qui crèvent dans la rue, tout le monde s’en fout»

Par Cédric Douzant, tetu.com

INTERVIEW. Jean-Marie Périer publie «Casse-toi!», livre dans
lequel il recueille des témoignages de jeunes homos mis à la rue, est
sorti cette semaine. Le célèbre photographe nous fait part de son
émotion à la découverte de leurs histoires.


Jean-Marie Périer (au centre), avec un militant de l’association Le Refuge et le livre «Casse-toi!».

Dans Casse-toi, Jean Marie Périer, le célèbre photographe des années Salut les copains,
recueille les témoignages de neuf ados, mis à la porte de chez eux
parce qu’ils sont homos. But de ce livre-coup de poing: enfin attirer
l’attention sur ces drames. Rencontre.

TÊTU: Comment ce livre est-il né?

Jean-Marie Périer: J’ai
lu un article sur l’association le Refuge, qui recueille des jeunes mis
à la porte de chez eux parce qu’ils sont homos. Je n’avais aucune idée
que cela puisse exister. J’ai voulu lancer une bouteille à la mer et
faire connaître cette association qui a besoin d’argent. Comme je ne
suis pas homosexuel et que les gens me connaissent depuis les années
60, je me suis dit que le message pourrait passer. Ce livre est destiné
au grand public, à tous les gens non concernés. Pour ceux qui
connaissent le problème, il enfonce des portes ouvertes. Mais pour
beaucoup, les portes sont bien fermées. Et je me rends compte que les
petits homos qui crèvent dans la rue, personne n’en a rien à foutre.
C’est ce qui me révolte: dès que l’on parle d’une association qui
recueille des ados, tout le monde compatit; s’ils sont homos, tout le
monde s’en tape. Une assistante sociale a par exemple dit à un gosse à
la rue: «Trouvez vous un vieux dans le Marais». C’est effrayant.

Si chaque histoire est différente, les parcours des ados que vous avez rencontrés comportent de nombreux points communs…
La
plupart de leurs familles sont très ancrées dans la religion et la
tradition, qui leur a bousillé l’esprit. Elles considèrent les homos
comme de dangereux déviants, leur enfant devient d’un coup une sorte
d’elephant man. L’homosexualité est pour elles intolérable.

Dans la rue, chacun des jeunes a été confronté aux mêmes problèmes,
à la violence, à la mendicité. Beaucoup sont tombés dans la drogue et
ont dû se prostituer. Ce parcours est malheureusement classique.
Comment peut-on s’en sortir quand on se retrouve, du jour au lendemain,
SDF à 15 ans? Ils gardent d’ailleurs tous un souvenir très précis de
leur première nuit dehors.

Après de telles descentes aux enfers, dans quel état d’esprit sont ces jeunes?
Je
pense qu’ils s’en sortiront, ils ont des projets, des envies. Eux ont
fait le chemin, ils ont contacté l’association au bon moment. Mais ils
ne sont que la partie immergée de l’iceberg, ce sont tous les autres,
qui sont sans doute des milliers, qui m’inquiètent. Mais ces mômes
pensent comme des adultes qui ont déjà tout vécu, ils ont commencé par
la fin. Ils ne sont plus capables d’aimer, ni même de faire confiance.
L’autre est l’ennemi. A partir du moment où vos parents vous renvoient
et vous trahissent, on ne peut plus avoir confiance en personne.

Qu’est ce qui vous a le plus marqué dans ces rencontres?
Une
extrême violence. Ces mômes sont en danger: l’un, son père veut
l’égorger, l’autre lui tirer dessus, un autre l’enterrer vivant. Ce
sont des parcours qui comptent des problèmes sociaux très graves. Mais
une histoire m’a encore plus effrayé, celle d’une jeune fille qui n’est
pas menacée de mort. C’est à cause du silence qui s’installe entre elle
et sa famille qu’elle se retrouve à la rue. C’est une histoire sans
histoire, qui se termine comme les autres, dehors. Le non dit
s’installe et c’est terminé. On l’a niée. Ce sont sans doute les cas
les plus nombreux.

Dans le livre, vous vous positionnez souvent en tant que père. Quel regard portez-vous sur ces parents?

Je
ne veux pas les juger, mais je ne les comprends pas du tout. Quand on
met des gosses au monde, la moindre des choses est de les aider à vivre
ce qu’ils veulent, quoi qu’ils veulent. Mais je ne voulais pas aller
les voir, leurs vies ne m’intéressent pas. C’est un livre de parti pris
et de mauvaise foi, qui vient des tripes. Je suis du côté des mômes.

Jean-Marie Périer, Casse-toi!, Oh éditions, 14,90€.

Photo: Le Refuge.

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3 commentaires pour «Les petits homos qui crèvent dans la rue, tout le monde s’en fout»

  1. magazelle dit :

    tout mon respect a jean-marie Perrier!j\’espère que son livre auras de l\’impact!

  2. Mariefan dit :

    Kikou,Jusement je viens de lire cette semaine un article à se sujet, c\’est révoltant !Comment des parents peuvent-ils agir ainsi.Je te souhaite une bonne journée.Nejma* Mariefan

  3. lorenzo dit :

    noté ! je vais acheter ce livre , c\’est ignoble , et j\’ai connu un peu ca , mais cest moi qui suis parti de moi meme , enfin ce serait trop long a raconter , merci en tout cas de toutes ces infos , j\’adore ton blog ! gros bisousssss

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