Ces jeunes homos rejetés par leurs parents

Par Sylvain Morvan, http://www.lexpress.fr

Dans son livre Casse-toi (1), le photographe Jean-Marie Périer brise
un tabou en dressant le portrait de jeunes homosexuels mis à la porte
par leurs parents.

"Tu m’écoeures."
C’est tout ce que la mère de Benoît a su dire lorsque son enfant lui a
annoncé qu’il aimait les garçons. Dix jours plus tard, le fils indigne
se retrouvait à la porte, avec ses 20 ans en bandoulière et ses
affaires sur le palier. "Elle pensait que des amis m’hébergeraient,
mais non, soupire le gamin. En réalité, je n’avais nulle part où
dormir." Après plusieurs mois de vagabondage et de mendicité, en
octobre dernier, Benoît a échoué au Refuge.

Refuge: lieu où l’on se met en sûreté, dit le dictionnaire. Depuis
2003, les jeunes gays et lesbiennes rejetés par leurs familles peuvent
trouver de l’aide dans le centre du même nom, ouvert à Montpellier –
ville réputée "gay friendly". Unique en France, l’endroit, créé par un
jeune homosexuel, Nicolas Noguier, sur le modèle d’un foyer de
Manchester, accueille aujourd’hui des garçons et des filles de toute la
France. C’est là que le photographe Jean-Marie Périer
s’est installé pour rencontrer les jeunes parias dont il ­retrace le
sort chaotique dans son livre. Cinq chambres exiguës dans un immeuble
en rénovation, 300 demandes d’admission chaque année.

Les locataires ont entre 18 et 25 ans. Certains ont été jetés dehors
par leurs ­parents dès l’adolescence. D’autres ne supportaient plus les
insultes et ont choisi la fugue. "Ma mère me trouvait trop masculine,
elle disait tout le temps qu’elle avait honte de marcher à côté de moi
en public", se souvient Cécile, 22 ans, qui a laissé en plan ses études
de sociologie et tourné le dos à ses proches. D’autres encore, issus de
familles musulmanes, se sont enfuis sous les menaces de mort d’un père
ou d’un frère qui considèrent l’homosexualité comme un péché.

"La famille est un milieu où l’homophobie ne recule pas"

Indicible, dévastateur, ce visage intime de l’homophobie fait peu parler de lui ; pourtant 11 % des plaintes reçues par SOS Homophobie
en 2008 concernaient des insultes et des agressions commises dans le
cercle familial. "S’il est bien un milieu où l’homophobie ne recule
pas, c’est la famille", constate le président de l’association
Bartholomé Girard. Un chiffre en augmentation de 36 % par rapport à
l’année précédente. Aggravation du phénomène ou libération de la
parole? Le nombre de cas concernant des mineurs a doublé depuis 2007.

"Le plus souvent, ces jeunes ont déjà, avant l’annonce de leur
homosexualité, des rapports conflictuels avec leur famille, explique
Benoît de Baecque, psychologue référent du Refuge. Mais le coming out
exacerbe ces tensions et fait définitivement voler en éclats tous les
espoirs et toutes les attentes que les parents plaçaient dans leur
enfant." Chassés de chez eux, les jeunes sont parfois acculés à
l’errance, et recourent à la prostitution ou à la pornographie comme
stratégies de survie. "Notre rôle consiste à leur redonner confiance,
pour qu’ils reprennent pied dans la vie sociale et professionnelle",
ajoute Benoît de Baecque.

Pourquoi devient-on homo?

Le Refuge ne peut héberger que neuf personnes à Montpellier et six
dans son antenne parisienne. En octobre dernier, Nicolas Noguier a
rencontré Fadela Amara. La secrétaire d’Etat chargée de la Politique de
la ville l’avait alors assuré de son "soutien total" pour un projet national d’hébergement. Depuis, pas de nouvelles de l’ex-­présidente de Ni putes ni soumises.
Nicolas, sorte de grand frère bienveillant pour ces jeunes homos, se
dit très "déçu". L’association, de fait, n’a guère de moyens. Elle paie
l’essentiel de ses loyers grâce aux dons d’une poignée d’adhérents.
Elle a établi des relais à Marseille et ­Mulhouse, mais sans pouvoir
offrir de solution d’hébergement.

D’autres ont choisi d’agir en amont, auprès des parents, afin de les
aider à accepter la sexualité de leur enfant. Ce soir-là, dans un petit
local du Marais, le coeur gay de ­Paris, deux pères, cinq mères, quatre
jeunes gays et lesbiennes tentent de renouer le dialogue à l’invitation
de l’association Contact.
12 chaises d’écolier sont disposées en cercle. Cramponnée à son siège,
Agnès, la cinquantaine, attend sagement son tour, puis prend la
­parole: "Je ne parle de mon fils à personne, lâche-t-elle, la gorge
nouée, les yeux ­brillants. Quand mes amis me demandent de ses
nouvelles, je me retiens de pleurer. J’ai tellement honte de lui que je
cacherai son ­homosexualité toute ma vie. L’indésirable n’est pas là.
Il sèche les cours et se drogue," assure sa mère.

Marc, gay bénévole, rappelle à quel point le rejet d’un parent peut
faire des ravages, puis évoque son propre cas: "Quand j’ai annoncé à
mon père que j’étais homosexuel, il a eu du mal à l’accepter. Mais, un
an plus tard, c’est lui qui conduisait le char de l’association
Contact, lors de la GayPride !" Christiane, 57 ans, raconte, sincère,
combien elle s’est sentie " coupable" de l’homosexualité de son fils.
Jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’on ne devient pas gay parce que l’on a
eu à ­subir une mère castratrice ou un père démis­sionnaire. "La
sexualité se construit dans un parcours qui dépasse le cadre de la
cellule familiale, analyse Benoît de Baecque. Les raisons sont
diverses, complexes, propres à chacun. Pourquoi devient-on homo ? Il
faut accepter qu’il n’y ait pas de réponse." Accepter d’aimer, sans
conditions. Un cheminement difficile. Au Refuge, la plupart des jeunes
n’ont pas renoué avec leurs parents.

(1) Oh ! Editions, 176 p., 14,90 €.
Découvrez ici des images du quotidien de ces ados accueillis au Refuge, ainsi que leurs témoignages.

Des concerts organisés

Mélo’Men, choeur d’hommes amateur regroupant une soixantaine de
chanteurs gay ou gay-friendly, donnera deux concerts au profit du
Refuge, les 13 et 14 février à Montpellier.

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5 commentaires pour Ces jeunes homos rejetés par leurs parents

  1. Véronique dit :

    coucou toihier soir j\’ai vu la présentation de ce livre chez Ruquier,très intéressantje l\’ai mis de suite sur booknodeil est bon de rappeler cette triste réalité… pour que les choses bougent, que les esprits s\’ouvrent enfingros bisousVéro

  2. Cristolinette dit :

    Je viens de lire ce livre ….BRRR ça fait froid dans le dos

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